Retrouver de l’espace dans une vie qui nous sollicite
Il est possible de remplir une journée sans avoir le sentiment de l’avoir vraiment vécue.
Nous avons travaillé, répondu aux messages, réglé des problèmes, pris soin de la maison et accompli ce qui devait l’être. Pourtant, le soir venu, une impression demeure : nous avons traversé les heures en pensant constamment à la prochaine chose à faire.
« Notre corps était ici. Notre attention était déjà ailleurs.«
J’ai choisi de vivre la Voie dans le monde et pour le monde. Cette orientation prend place dans ma vie d’époux, de père et d’enseignant. Elle m’amène à poser une question très concrète : quelle place reste-t-il pour la présence au milieu de toutes nos responsabilités ?
Quand tout devient quelque chose à réussir
Le travail demande des résultats. Les responsabilités s’accumulent. Nos outils/technologies nous permettent d’accomplir davantage, mais ils rendent aussi plus facile l’ajout d’une tâche supplémentaire.
Même les activités qui devraient nous nourrir peuvent entrer dans cette logique. Nous voulons bien faire, profiter de notre temps, prendre soin de nous et de ceux que nous aimons. Peu à peu, tout risque de devenir une nouvelle chose à réussir.
Nous pouvons alors passer d’un moment à l’autre sans vraiment nous y arrêter. La question n’est pas seulement de savoir combien nous faisons. Elle est aussi de regarder comment nous vivons ce que nous faisons.
Faire moins commence par discerner
Faire moins ne signifie pas abandonner nos responsabilités. Il s’agit de reconnaître ce qui réclame réellement notre présence et ce qui occupe notre temps sans nourrir notre vie.
Certaines tâches sont nécessaires. D’autres peuvent attendre, être simplifiées ou recevoir moins d’énergie. Ce discernement demande parfois du courage : nous ne pouvons pas répondre à toutes les attentes avec la même intensité.
La pratique du zen nous invite à voir plus clairement nos habitudes.
Qu’ajoutons-nous à nos journées par nécessité ?
Qu’y ajoutons-nous par peur de décevoir, par automatisme ou parce que nous avons oublié qu’une autre manière de faire est possible ?
Un peu d’espace peut apparaître lorsque nous cessons de tout traiter comme « urgent« .
Habiter ce que nous faisons
Nous n’avons pas toujours le choix de nos obligations. Nous pouvons toutefois revenir, aussi souvent que possible, à l’activité qui se trouve devant nous.
Écouter une personne sans préparer immédiatement notre réponse. Terminer une tâche avant d’en ouvrir trois autres. Sentir l’eau sur nos mains lorsque nous lavons un bol. S’asseoir quelques instants avec quelqu’un que nous aimons, sans chercher à remplir le silence.
Ces gestes ne retirent rien aux difficultés de la vie. Ils nous aident à retrouver une présence au cœur de cette vie, telle qu’elle est.
Habiter davantage, c’est accorder une place réelle aux personnes et aux gestes que nous risquons de traverser trop vite.
Ce que zazen nous permet d’explorer
Lorsque nous nous asseyons en zazen, nous découvrons à quel point l’esprit veut poursuivre, organiser, anticiper. Même immobiles, nous pouvons être emportés par la prochaine chose à faire.
Nous n’avons pas à gagner une bataille contre ces pensées. Nous les remarquons, puis nous revenons à notre posture, à notre respiration, à cette assise.
Ce retour simple peut éclairer le reste de la journée. Nous reconnaissons plus facilement le moment où notre attention s’éloigne. Nous pouvons alors revenir à une conversation, à un repas, à une tâche ou à une pause.
Zazen garde sa place propre dans la pratique. Et ce que nous y apprenons peut accompagner notre manière de vivre dans le monde.
Donner une place à ce qui compte
Dire que quelque chose compte pour nous est un début. Lui donner une place dans nos journées demande un choix concret.
Ce choix peut être modeste : préserver quelques minutes d’assise, laisser le téléphone de côté pendant un échange, terminer la journée de travail avant de retrouver les siens, prendre le temps de marcher ou de boire une tasse de thé.
Il ne s’agit pas d’établir une journée parfaite. Il s’agit de reconnaître une direction et d’y revenir. Nous ferons parfois trop, ou nous serons ailleurs en pensée. Ce constat peut simplement devenir le point de départ d’un nouveau pas.
Une piste de pratique
Cette semaine, choisissez un moment ordinaire que vous souhaitez habiter plus pleinement.
Avant de commencer, arrêtez-vous quelques secondes. Sentez votre posture et votre respiration. Puis donnez votre attention à ce moment, sans chercher à en faire une expérience particulière.
En fin de journée, observez ce qui vous a aidé à être présent et ce qui vous a entraîné ailleurs. Cette observation suffit pour poursuivre la pratique.
Une question pour poursuivre
Qu’est-ce que je souhaite habiter plus pleinement, et quel espace puis-je lui offrir aujourd’hui ?


