LES KŌANS DU SEIZAN DŌJŌ
📜 Le kōan
Ce kōan ouvre le Wúménguān (無門關), La Barrière sans porte, compilé en Chine en 1228 par le maître Chan Wumen Huikai (1183–1260).
Le cas
Un moine demanda à Zhaozhou :
« Un chien a-t-il la nature de Bouddha ? »
Zhaozhou répondit :
« Wú. » (無)
En japonais :
Mu.
Voilà le kōan.
Une question.
Une réponse d’un seul caractère.
Et pourtant, derrière cet échange apparemment minuscule se trouve l’un des cas les plus célèbres de toute la tradition zen.
Il serait tentant de demander immédiatement :
« Mais que veut dire Mu ? »
Ou encore :
« Zhaozhou veut-il simplement dire non ? »
Nous y viendrons.
Mais pas encore.
Pour quelques instants, essayons de respecter le kōan tel qu’il nous est parvenu.
Un moine demande :
Un chien a-t-il la nature de Bouddha ?
Zhaozhou répond :
無
Mu.
Ne cherchons pas encore à franchir la barrière.
Restons devant elle.
🏯 Le contexte
👤 Zhaozhou Congshen — 趙州從諗
Zhaozhou Congshen (778–897), appelé Jōshū Jūshin dans la tradition japonaise, est l’un des grands maîtres du Chan chinois de la dynastie Tang.
Il fut notamment disciple de Nanquan Puyuan (748–835), lui-même héritier de la tradition de Mazu Daoyi. Nous retrouvons donc ici une continuité avec certains des maîtres que nous avons déjà rencontrés dans notre parcours.
Zhaozhou est devenu célèbre dans la littérature Chan pour des enseignements souvent très simples en apparence : quelques mots, une réponse inattendue, parfois une expression empruntée à la vie quotidienne.
Plusieurs de ses dialogues deviendront des kōans majeurs.
Et celui du chien deviendra probablement le plus célèbre de tous.
🐕 Pourquoi demander si un chien possède la nature de Bouddha ?
La question du moine n’est pas anodine.
Dans le bouddhisme Mahāyāna, la nature de Bouddha (buddha-nature, 佛性 — fóxìng en chinois) désigne, selon différentes formulations doctrinales, la possibilité ou la dimension d’éveil associée aux êtres sensibles.
Le moine demande donc :
« Un chien a-t-il la nature de Bouddha ? »
Autrement dit, la question touche directement à un enseignement bouddhique fondamental.
Et c’est précisément ici que Zhaozhou répond :
無
Wú en chinois.
Mu en japonais.
Le caractère 無 peut notamment exprimer l’absence ou la négation — d’où des traductions telles que « non », « n’a pas »ou simplement « Mu » lorsqu’on conserve le terme sous sa forme traditionnelle.
Mais réduire immédiatement le kōan à :
Question : oui ou non ? Réponse : non.
nous ferait manquer quelque chose d’essentiel.
Et nous n’allons justement pas encore essayer de déterminer ce que Zhaozhou « voulait dire ».
📜 Un dialogue plus ancien que le Wumenguan
Voici une nuance importante.
Le cas n’a pas été inventé par Wumen pour son Wumenguan. Des traditions textuelles antérieures attribuent déjà à Zhaozhou des échanges concernant le chien et la nature de Bouddha.
Et il existe des versions plus développées du dialogue, comprenant notamment des réponses affirmatives et négatives.
Le Wumenguan, lui, retient la forme extrêmement dépouillée devenue célèbre :
le moine pose la question — Zhaozhou répond 無.
Cette différence entre les versions a d’ailleurs fait l’objet d’études historiques modernes consacrées spécifiquement au kōan Mu.
Cela nous rappelle quelque chose d’important :
un kōan possède aussi une histoire textuelle.
La forme que nous pratiquons aujourd’hui est parfois le résultat de plusieurs générations de transmission, de sélection et de commentaire.
🚪 Le premier cas de La Barrière sans porte
Plus de trois siècles après Zhaozhou, le maître Chan Wumen Huikai (1183–1260) place cet échange en ouverture de son Wumenguan (無門關), compilé en 1228.
Il en fait le premier des 48 cas du recueil.
Ce choix donnera à Mu une place extraordinaire dans l’histoire ultérieure du Zen.
Dans son commentaire, Wumen ne traite d’ailleurs pas simplement 無 comme une information doctrinale à comprendre. Il demande au pratiquant de prendre ce caractère comme une véritable barrière de la tradition zen et d’y engager entièrement sa pratique.
Ainsi, derrière cette scène minuscule —
un moine,
un maître,
un chien,
une question,
et une syllabe —
s’ouvre l’une des grandes portes de la pratique des kōans.
Ou, pour reprendre le paradoxe de Wumen…
une porte qui n’a pas de porte.
🔎 Quelques repères
無 — Wú — Mu
Le caractère au cœur de notre kōan est :
無
Il se prononce wú en chinois mandarin et mu dans sa lecture japonaise.
Dans le dialogue, il fonctionne comme une négation. Il est donc parfaitement légitime de traduire la réponse de Zhaozhou par « non ». L’étude de Steven Heine consacrée à ce kōan traduit elle-même littéralement Mu/Wu par « No ».
Pourquoi alors conserver Mu plutôt que simplement écrire « non » ?
Parce que, dans l’histoire ultérieure du Chan et du Zen, ce 無 ne reste pas seulement la réponse grammaticale de Zhaozhou.
Il devient lui-même l’objet de la pratique.
🪷 佛性 — La nature de Bouddha
La question du moine contient un autre terme essentiel :
佛性 — fóxìng, la nature de Bouddha.
Dans le contexte du bouddhisme chinois, l’idée que les êtres sensibles possèdent la nature de Bouddha constituait un arrière-plan doctrinal extrêmement important. C’est précisément ce qui donne à la réponse négative de Zhaozhou son caractère déconcertant.
Voilà pourquoi le kōan devient beaucoup plus intéressant qu’une question sur les chiens.
Si le moine connaît l’enseignement…
pourquoi pose-t-il la question ?
Et si Zhaozhou le connaît également…
pourquoi répond-il Mu ?
Nous pourrions essayer de résoudre immédiatement cette contradiction.
Mais ce serait justement emprunter le chemin que le kōan vient perturber.
⚖️ Oui ou non ?
Il existe ici un détail fascinant que nous devons conserver en mémoire.
D’autres versions anciennes du cas présentent Zhaozhou donnant non seulement une réponse négative, mais également une réponse affirmative, suivies de dialogues supplémentaires.
Les spécialistes parlent ainsi notamment d’une version centrée sur Mu et d’une version comprenant « oui » et « non ».
Cela devrait déjà nous rendre prudents devant une interprétation comme :
« Le kōan enseigne simplement que les chiens n’ont pas la nature de Bouddha. »
Ce n’est manifestement pas suffisant.
Mais l’inverse serait tout aussi dangereux :
« Ah ! Alors Mu signifie en réalité oui. »
Nous aurions simplement remplacé une réponse conceptuelle par une autre.
Oui.
Non.
Zhaozhou nous laisse devant 無.
🪨 De gong’anà huatou
Quelques générations plus tard, le maître Chan Dahui Zonggao (1089–1163) joue un rôle déterminant dans le développement de la pratique dite du huatou (話頭).
La distinction est intéressante :
le dialogue entier de Zhaozhou constitue le gong’an — le cas;
tandis que 無 — Wu/Mu peut devenir le huatou, la « tête de la parole » ou phrase-clé sur laquelle se concentre la pratique.
Dahui demande précisément de ne pas transformer Wu en analyse intellectuelle. La pratique consiste à demeurer avec cette parole dans les différentes activités de la vie — marcher, se tenir debout, s’asseoir ou s’allonger — plutôt qu’à construire une théorie à son sujet.
Et cela change complètement notre rapport au kōan.
La question n’est plus seulement :
« Que signifie Mu ? »
Elle devient :
Mu.
🌿 Éclairer sans résoudre
Nous savons maintenant davantage de choses qu’au début de cette fiche.
Nous savons ce que signifie grammaticalement 無.
Nous connaissons l’arrière-plan de la nature de Bouddha.
Nous savons qu’il existe plusieurs versions du dialogue.
Nous savons que Mu est devenu une pratique à part entière dans certaines traditions du Chan et du Zen.
Mais avons-nous franchi la barrière ?
Non.
Et c’est très bien ainsi.
Les repères de cette section avaient précisément pour fonction d’éclairer sans résoudre.
Nous pouvons donc maintenant déposer momentanément l’histoire, la linguistique et les explications.
Parce que notre prochaine rubrique sera différente.
🧘 Une piste pour s’asseoir avec le kōan
Avant de commencer, une précision est importante.
La pratique formelle des kōans, particulièrement dans certaines lignées Rinzai, s’inscrit traditionnellement dans une relation avec un enseignant. Ce que nous proposons ici n’a donc pas pour prétention de remplacer un cursus formel ni de reproduire un dokusan.
Il s’agit d’une invitation à rencontrer Mu dans notre pratique personnelle.
🪷 S’asseoir
Prenez votre posture habituelle de zazen.
Laissez le corps trouver sa stabilité.
Le dos se redresse sans rigidité.
Les épaules se déposent.
Les mains prennent leur place.
Respirez naturellement.
Pendant quelques instants, ne faites rien avec le kōan.
Soyez simplement assis.
Respirez.
🐕 Puis laisser apparaître la question
Lorsque l’assise est établie, rappelez-vous simplement le cas :
Un moine demande à Zhaozhou :
« Un chien a-t-il la nature de Bouddha ? »
Et Zhaozhou répond :
Mu.
Ne cherchez pas immédiatement ce que cela signifie.
Ne construisez pas une théorie.
Ne cherchez pas non plus à provoquer une expérience extraordinaire.
Laissez simplement :
Mu.
🌬️ Respirer avec Mu
Si cela vous aide, vous pouvez laisser intérieurement Mu accompagner doucement la respiration.
Inspiration.
Expiration.
Mu.
Puis recommencer.
Il ne s’agit pas de transformer Mu en mantra ni de répéter mécaniquement une syllabe jusqu’à produire un état particulier.
Le mot demeure plutôt la présence de la question.
Wumen lui-même demande au pratiquant d’engager tout son être dans cette interrogation et de ne pas traiter Mu comme une simple opposition intellectuelle entre existence et non-existence.
🪨 Lorsque l’esprit veut répondre…
Il répondra probablement.
« Mu veut dire non. »
Puis :
« Peut-être signifie-t-il la vacuité. »
Ou :
« Je crois avoir compris : il veut dépasser le oui et le non. »
Remarquez ces pensées.
Puis laissez-les passer.
Et revenez.
Mu.
Même une explication très séduisante reste une explication.
Notre pratique, ici, n’est pas de fabriquer la meilleure interprétation possible.
Nous demeurons avec ce que nous ne savons pas encore.
❓ Laisser vivre le doute
Dans la pratique traditionnelle de Mu, cette interrogation peut devenir beaucoup plus profonde qu’une question intellectuelle. Les commentaires de la tradition parlent d’une mobilisation de tout l’être dans l’enquête, plutôt que d’une recherche spéculative de réponse.
Nous pouvons en conserver quelque chose de très simple :
ne pas savoir n’est pas un problème à éliminer immédiatement.
Nous pouvons rester là.
Sans réponse.
Sans échec.
Sans réussite.
Mu.
🔔 Lorsque l’assise se termine
Ne cherchez pas à conclure :
« Aujourd’hui, j’ai compris Mu. »
Ou :
« Je n’ai rien compris, donc ma méditation n’a servi à rien. »
Lorsque vient le moment de terminer zazen, faites simplement gasshō.
Levez-vous.
Puis continuez votre journée.
Peut-être que la question restera quelque part avec vous.
En marchant.
En préparant un repas.
En travaillant.
En rencontrant quelqu’un.
La pratique du kōan ne doit pas nécessairement être confinée au coussin; les traditions du travail de Mu ont précisément insisté sur une enquête qui peut continuer au-delà de l’assise.
🌿 Ne pas forcer la porte
Voici peut-être le repère le plus important pour notre approche au Seizan Dōjō :
n’essayez pas de fabriquer une expérience d’éveil.
Ne cherchez pas la réponse que vous imaginez qu’un maître zen voudrait entendre.
Et surtout, ne vous inquiétez pas si Mu demeure parfaitement opaque.
La porte n’a pas besoin d’être forcée.
Aujourd’hui, notre pratique peut simplement être :
s’asseoir,
respirer,
rencontrer la question,
ne pas savoir,
et rester présent.
Mu.
🌿 La réflexion du Seizan Dōjō
Nous aimons les réponses.
Elles rassurent.
Nous voulons savoir si nous avons raison ou tort.
Si nous avons fait le bon choix.
Si nous sommes sur la bonne voie.
Si notre pratique est correcte.
Si ce que nous vivons possède un sens.
Et lorsqu’une question demeure ouverte trop longtemps, quelque chose en nous voudrait souvent la refermer.
Oui.
Non.
Voilà l’explication.
Passons à autre chose.
Puis arrive Zhaozhou.
Un moine lui pose une question.
Et il répond :
Mu.
🪨 Lorsque nos certitudes rencontrent une barrière
Peut-être pouvons-nous laisser Mu venir toucher quelque chose de très quotidien en nous :
notre besoin de savoir.
Nous organisons une grande partie de notre existence à partir de catégories.
Réussite ou échec.
Bon ou mauvais.
Juste ou faux.
Spirituel ou ordinaire.
Pratique ou vie quotidienne.
Moi ou l’autre.
Ces distinctions sont parfois nécessaires pour vivre.
Le Zen ne nous demande pas de devenir incapables de réfléchir ou de choisir.
Mais il peut nous inviter à regarder ce qui se produit lorsque nous commençons à croire que nos catégories sont la réalité elle-même.
Mu se tient alors devant nous.
Et nos réponses habituelles ne suffisent plus.
🌫️ Accepter de ne pas savoir
Il y a quelque chose de profondément inconfortable dans ces trois mots :
Je ne sais pas.
Nous pouvons les vivre comme un aveu d’impuissance.
Pourtant, dans la pratique, ne pas savoir peut parfois devenir autre chose.
Un espace.
Lorsque la réponse immédiate disparaît, nous sommes obligés de regarder.
D’écouter.
De demeurer présents un peu plus longtemps.
Ce n’est pas faire de l’ignorance un idéal. Dans la tradition des kōans, « ne pas savoir » n’est d’ailleurs pas simplement l’absence de connaissance : le travail avec le doute engage profondément le pratiquant plutôt que de l’installer dans la passivité.
C’est reconnaître que tout n’a pas besoin d’être immédiatement enfermé dans une conclusion.
👣 Et dans la vie quotidienne ?
Mu peut alors quitter les vieux monastères chinois.
Il peut nous retrouver aujourd’hui.
Lorsque quelqu’un nous parle et que nous croyons déjà savoir ce qu’il va dire.
Mu.
Lorsque nous avons déjà décidé qui a raison avant même d’avoir réellement écouté.
Mu.
Lorsque nous nous enfermons nous-mêmes dans une définition :
Je suis comme ceci.
Je ne serai jamais capable de cela.
Voilà qui je suis.
Mu.
Lorsque nous pensons qu’une journée de pratique était « bonne » parce que zazen était paisible, ou « mauvaise » parce que notre esprit était agité.
Mu.
Pas comme une formule magique.
Pas comme une manière de nier ce qui existe.
Mais peut-être comme un petit arrêt dans notre certitude.
Un espace suffisamment grand pour regarder encore une fois.
🪷 Du zafu au monde
Voilà quelque chose qui rejoint profondément l’approche du Seizan Dōjō.
La pratique n’a pas beaucoup de sens si elle demeure enfermée sur le coussin.
Nous pouvons nous asseoir avec Mu.
Puis nous relever.
Et découvrir que la véritable question continue lorsque nous rencontrons notre famille, notre travail, nos responsabilités, nos désaccords et nos propres habitudes.
La littérature contemporaine sur la pratique zen souligne elle aussi cette continuité entre travail du kōan et vie ordinaire : le cas n’est pas seulement un objet à penser, mais quelque chose avec lequel le pratiquant demeure dans l’expérience quotidienne.
Peut-être que Mu ne nous apprend donc pas seulement à demeurer devant une ancienne question.
Il peut aussi nous apprendre à remarquer toutes les réponses que nous donnons avant même d’avoir vraiment rencontré la question.
⛰️ Revenir à l’essentiel
Au Seizan Dōjō, nous parlons souvent de retour à l’essentiel.
Mais revenir à l’essentiel ne signifie pas nécessairement trouver une réponse plus simple.
Parfois, cela peut vouloir dire déposer momentanément toutes les réponses.
Respirer.
Regarder.
Écouter.
Et reconnaître :
je ne sais pas encore.
Puis faire un pas.
Sans posséder toute la route.
Un autre.
Sans exiger de connaître immédiatement la destination.
Et peut-être découvrir que la Voie était déjà présente dans cette disponibilité même à rencontrer ce qui est là.
Mu ne nous appartient pas.
Nous n’avons pas besoin de le conquérir.
Nous pouvons simplement accepter, pour un instant, de nous tenir devant la barrière.
Mu.
Chaque pas, un retour à l’essentiel.
🙏 Une dernière question…
Nous sommes partis d’une question vieille de plus de mille ans :
« Un chien a-t-il la nature de Bouddha ? »
Nous avons rencontré Zhaozhou.
Nous avons rencontré Mu.
Nous avons cherché quelques repères.
Puis nous nous sommes assis.
Et peut-être avons-nous découvert combien il est difficile de demeurer devant une question sans nous précipiter vers une réponse.
Alors, avant de quitter ce kōan, il n’y aura pas de conclusion.
Seulement une dernière question.
Déposons, pour un instant, ce que nous croyons savoir.
Respirons.
Et regardons :
Lorsque toutes mes réponses sont déposées, qu’est-ce qui demeure ?
📚 Sources et références
📜 Texte classique
Wumen Huikai (無門慧開, 1183–1260), Wumenguan (無門關) — La Barrière sans porte, cas 1 : « Le chien de Zhaozhou » (趙州狗子).
Compilé au XIIIᵉ siècle, le Wumenguan rassemble 48 cas. Son premier cas présente l’échange devenu classique entre un moine et Zhaozhou au sujet de la nature de Bouddha du chien.
C’est la source classique principale de la forme brève de Mu utilisée dans cette fiche.
📖 Traductions et commentaires
Katsuki Sekida, Two Zen Classics: Mumonkan and Hekiganroku, Weatherhill, 1977.
Cette traduction anglaise présente le Mumonkan ainsi que le Hekiganroku. Le premier cas est intitulé « Jōshū’s Mu » et donne le dialogue, le commentaire de Wumen et son vers. Les données bibliographiques de l’édition Weatherhill de 1977 sont confirmées par Google Books.
Robert Aitken, The Gateless Barrier: The Wu-Men Kuan (Mumonkan), North Point Press, 1990.
Une traduction et un commentaire devenus importants dans la transmission occidentale du Zen. Aitken présente les cas non seulement comme des textes à étudier, mais dans leur rapport à la pratique zen.
Pour notre fiche, ces traductions sont particulièrement utiles pour comparer les manières de rendre 無 — Wu/Mu sans prétendre qu’une traduction française unique puisse épuiser le cas.
🔬 Étude historique et critique de référence
Steven Heine, Like Cats and Dogs: Contesting the Mu Koan in Zen Buddhism, Oxford University Press, 2013/2014.
C’est probablement la référence universitaire la plus importante pour notre fiche.
Heine consacre un ouvrage entier à Mu. Il confirme que le cas du chien de Zhaozhou est le premier du Wumenguan et l’un des kōans les plus célèbres de toute la tradition Zen. Surtout, son étude montre que l’histoire textuelle est plus complexe que la seule version « question → Mu » : d’autres transmissions comportent des réponses affirmative et négative ainsi que des dialogues supplémentaires.
Cette étude nous permet donc d’éviter une erreur importante :
prendre la version devenue canonique du Wumenguan pour l’unique forme historique du dialogue.
🔎 Note sur les traductions
Dans cette fiche, nous avons choisi de conserver :
Mu — 無
plutôt que de remplacer systématiquement le terme par « non ».
Il faut cependant être précis : dans le contexte linguistique du dialogue, Wu/Mu fonctionne bien comme une négation et peut légitimement être traduit par « non ». Steven Heine le rend d’ailleurs littéralement ainsi dans sa présentation du cas.
Mais l’histoire de la pratique zen a progressivement fait de ce caractère bien davantage qu’un simple élément grammatical d’un dialogue : Mu est devenu lui-même un objet central de pratique et d’interprétation.
Nous conservons donc Mu afin de respecter cette histoire, sans lui attribuer artificiellement une traduction mystérieuse ou ésotérique.
🌿 Notre méthode
Pour cette fiche, le Seizan Dōjō a volontairement distingué :
le texte classique ;
le contexte historique ;
les repères doctrinaux et linguistiques ;
les indications concernant la pratique traditionnelle ;
et la réflexion propre du Seizan Dōjō.
Cette dernière n’est pas présentée comme « la solution de Mu ».
Elle constitue une invitation contemporaine à rencontrer le kōan tout en respectant le fait que le travail formel des kōans appartient historiquement à des traditions de pratique et de transmission précises.
Éclairer sans résoudre.
🪨 Poursuivre avec un autre kōan


