🍁Zen et l’Automne

Apprendre à laisser tomber

Ces jours-ci, la Montagne Paisible change de visage.

Depuis la terrasse du dojo, je regarde les couleurs apparaître peu à peu sur la montagne. Les verts côtoient maintenant les jaunes, les orangés et les rouges. Sur le sentier, quelques feuilles commencent déjà à craquer sous les pas.

Je pourrais simplement trouver cela beau.

Mais lorsque je m’arrête vraiment pour regarder, l’automne me dit autre chose.

Cette beauté existe précisément parce que tout est en train de changer.

La feuille que j’admire aujourd’hui était verte il y a quelques semaines. Bientôt, elle quittera sa branche. Elle tombera sur le sentier, se mêlera à la terre et participera autrement à la vie de la forêt.

L’arbre, lui, ne cherche pas à la retenir.

Il ne s’accroche pas à ce qu’il était en juillet. Il ne demande pas à l’été de rester encore un peu.

Il entre simplement dans sa nouvelle saison.

Dans le bouddhisme, mujō — 無常 désigne l’impermanence.

Tout ce qui apparaît se transforme.

Nous pouvons comprendre cette idée intellectuellement. Mais ici, dans les Laurentides, à l’automne, nul besoin d’ouvrir un livre pour la rencontrer.

Il suffit de regarder la montagne.

Et pourtant, dans nos propres vies, laisser les saisons changer est souvent beaucoup plus difficile.

Nous voudrions retenir certains moments.

Une relation.

Une époque de notre vie.

Notre jeunesse.

Une personne que nous aimons.

Une certaine image de nous-mêmes.

Parfois même la personne que nous étions autrefois.

Nous savons que tout change, mais une partie de nous continue de murmurer : pas cela… pas encore.

Le zen ne nous demande pas d’aimer toutes les pertes.

Certaines transformations sont magnifiques. D’autres sont douloureuses. Certaines sont choisies; d’autres arrivent sans avoir demandé notre permission.

Pratiquer l’impermanence ne signifie donc pas devenir indifférent.

Cela signifie apprendre à être pleinement présent à ce qui est là, précisément parce que nous savons que cela ne sera pas toujours là.

Regarder vraiment.

Écouter vraiment.

Aimer vraiment.

Et lorsque vient le temps…

laisser partir.

Je regarde les arbres autour du dojo.

Ils ne deviennent pas moins arbres parce qu’ils perdent leurs feuilles.

Sous les branches qui bientôt se dénuderont, la vie demeure.

Invisible.

Silencieuse.

Déjà en chemin vers une saison que nous ne voyons pas encore.

Peut-être est-ce là l’un des enseignements les plus simples de l’automne :

L’automne ne nous apprend pas que tout finit.
Il nous apprend que tout se transforme.

Alors, si vous marchez dans les couleurs au cours des prochains jours, essayez ceci.

Arrêtez-vous.

Ramassez une feuille.

Prenez quelques instants pour la regarder vraiment.

Elle ne sera jamais exactement comme elle est à cet instant.

Puis déposez-la.

Et reprenez votre marche.

Peut-être comprendrez-vous alors, sans avoir besoin de mots, quelque chose de mujō — 無常. 🍁

Chaque pas, un retour à l’essentiel.