Un mot devenu familier… mais que signifie-t-il vraiment ?
« Une décoration zen. »
« Une musique zen. »
« Je vais prendre ça zen. »
Dans le langage courant, le mot zen est souvent devenu synonyme de calme, de détente, de simplicité ou de tranquillité.
Ce n’est pas complètement étranger à certaines qualités que la pratique peut favoriser.
Mais le zen est beaucoup plus que cela.
Le zen est une tradition du bouddhisme.
Une voie de pratique.
Une manière d’étudier et d’expérimenter les enseignements du Bouddha en accordant une place centrale à la méditation, à l’expérience directe et à la manière dont nous vivons chaque instant de notre existence.
Être zen ne signifie donc pas être toujours calme.
Un pratiquant zen peut être fatigué.
Triste.
Inquiet.
En colère.
Heureux.
La pratique ne consiste pas à fabriquer artificiellement un état permanent de sérénité.
Elle nous invite plutôt à être pleinement présents à ce qui est là et à apprendre à le voir avec davantage de clarté.
Zen : une courte définition
Le mot japonais zen (禅) vient du chinois Chan (禪), lui-même issu de la transmission en Chine du terme sanskrit dhyāna, qui désigne la méditation ou l’absorption méditative.
Ce cheminement du mot raconte déjà une partie de l’histoire du zen :
Inde → Chine → Japon.
Les enseignements bouddhistes venus d’Inde rencontrèrent en Chine une culture et des manières de penser nouvelles. C’est dans ce contexte que se développa progressivement la tradition Chan.
Transmise ensuite notamment au Japon, elle y prit le nom de Zen et donna naissance à différentes écoles, dont Rinzai et Sōtō.
Mais derrière ces différents noms demeure une même appartenance fondamentale :
le zen est une voie bouddhiste.
Il ne peut donc pas être entièrement séparé du Dharma, des préceptes, de la sagesse, de la compassion et de l’ensemble du chemin enseigné par le Bouddha.
Une voie d’expérience
Le zen accorde une importance particulière à quelque chose que nous avons déjà rencontré dans nos enseignements :
connaître une chose intellectuellement et en faire l’expérience ne sont pas exactement la même chose.
Nous pouvons lire pendant des heures sur le goût d’une mandarine.
Étudier sa composition.
Regarder des photographies.
Apprendre comment elle pousse.
Mais il existe une connaissance très simple que tous ces renseignements ne peuvent remplacer :
prendre un quartier de mandarine et le goûter.
Le zen nous invite constamment à revenir vers cette dimension de l’expérience.
Non pas pour rejeter l’étude ou la réflexion.
Mais pour ne pas confondre la description de la réalité avec l’expérience de la réalité.
Étudier le chemin est précieux.
Mais vient un moment où il faut également poser le pied sur le sentier.
C’est là que commence la pratique.
Qu’est-ce qui caractérise la voie zen ?
Si le zen appartient pleinement au bouddhisme, qu’est-ce qui lui donne sa couleur particulière ?
On pourrait être tenté de répondre en quelques mots :
méditation, simplicité, silence, présence.
Ces mots disent quelque chose du zen.
Mais ils ne suffisent pas.
Le zen est avant tout une voie de pratique et d’expérience directe, enracinée dans le Dharma.
Il nous invite à ne pas seulement réfléchir à notre existence, mais à l’observer et à la vivre avec une attention profonde.
L’expérience directe
Reprenons notre mandarine.
Nous pouvons expliquer ce qu’est une mandarine.
Mais lorsque nous la goûtons, quelque chose se produit qu’aucune définition ne peut remplacer.
Il en va de même pour de nombreux enseignements bouddhistes.
Nous pouvons étudier l’impermanence.
Mais nous pouvons aussi observer directement une pensée apparaître, changer et disparaître.
Nous pouvons lire sur l’interdépendance.
Mais nous pouvons aussi regarder une feuille et y reconnaître la pluie, la terre, le soleil et toutes les conditions qui l’ont rendue possible.
Le zen accorde une grande importance à cette connaissance qui naît de l’expérience vécue et de la pratique.
Mais le zen ne rejette pas l’étude
On présente parfois le zen comme s’il disait :
« Ne réfléchissez pas. Ne lisez pas. Asseyez-vous simplement. »
Ce serait une caricature.
Les traditions zen possèdent une immense littérature.
Des sūtras y sont étudiés et récités.
Des générations de maîtres ont écrit des commentaires, donné des enseignements et transmis des textes.
L’étude peut éclairer la pratique.
Et la pratique peut transformer notre manière de comprendre ce que nous étudions.
Le problème n’est donc pas la pensée.
Le problème apparaît lorsque nous confondons nos concepts sur la réalité avec la réalité elle-même.
Le zen nous rappelle simplement qu’un mot n’est pas ce qu’il désigne.
La carte n’est pas la montagne.
Et connaître parfaitement la définition de l’eau ne désaltère personne.
La pratique au cœur de la vie
Le zen ne se limite pas non plus aux moments passés en méditation.
Nous pratiquons lorsque nous sommes assis.
Mais nous pouvons aussi pratiquer lorsque nous marchons.
Lorsque nous préparons un repas.
Lorsque nous nettoyons une pièce.
Lorsque nous travaillons.
Lorsque nous écoutons quelqu’un.
Lorsque nous prenons soin d’un arbre.
Une activité très ordinaire peut devenir un lieu de pratique lorsque nous cessons de la considérer uniquement comme quelque chose à terminer pour pouvoir enfin passer à autre chose.
Faire pleinement ce que nous sommes en train de faire.
Cela paraît extrêmement simple.
Et pourtant, combien de fois sommes-nous physiquement quelque part tandis que notre esprit est déjà ailleurs ?
Le zen nous ramène alors à une question très concrète :
Suis-je réellement présent à la vie que je suis en train de vivre ?
Simple ne signifie pas facile
S’asseoir.
Respirer.
Marcher.
Boire du thé.
Écouter.
Ces gestes sont simples.
Mais demeurer véritablement présent à leur expérience peut demander toute une vie de pratique.
Le zen ne cherche donc pas nécessairement l’extraordinaire.
Il nous invite plutôt à découvrir la profondeur de l’ordinaire lorsque nous cessons de le traverser sans le voir.
Zazen : au cœur de la pratique zen
Lorsqu’on cherche ce qui occupe une place centrale dans la tradition zen, un mot apparaît rapidement :
zazen.
Zazen signifie littéralement « méditation assise ».
Nous lui consacrerons notre prochain enseignement, car quelques lignes ne suffiraient pas pour présenter correctement sa posture, sa pratique et les différentes manières dont les traditions zen l’abordent.
Pour l’instant, retenons simplement ceci :
zazen n’est pas seulement une technique destinée à nous détendre.
On s’assoit.
On adopte une posture stable.
On respire.
On demeure attentif à ce qui se présente.
Le corps est là.
La respiration est là.
Les sons sont là.
Des pensées apparaissent.
Des émotions apparaissent.
Puis elles changent.
La pratique consiste notamment à apprendre à ne pas être continuellement emporté par tout ce qui traverse notre expérience.
S’asseoir sans chercher à fuir
Dans notre vie quotidienne, nous sommes souvent en mouvement.
Nous faisons quelque chose pour obtenir autre chose.
Nous terminons une tâche pour passer à la suivante.
Nous cherchons à conserver ce qui nous plaît et à nous débarrasser rapidement de ce qui nous dérange.
Zazen introduit un geste étonnamment simple :
s’arrêter.
Pendant un moment, il n’y a rien à accomplir ailleurs.
Nous nous asseyons avec ce qui est là.
Si l’esprit est calme, nous rencontrons cet esprit calme.
S’il est agité, nous rencontrons cette agitation.
Si une pensée apparaît, nous pouvons la reconnaître sans nécessairement la suivre.
Zazen ne nous demande donc pas d’être déjà paisibles pour pratiquer.
L’agitation elle-même peut devenir matière de pratique.
Une pratique qui ne s’arrête pas au coussin
Et pourtant, le zen ne consiste pas à passer notre vie assis sur un zafu.
Ce que nous cultivons dans l’assise doit progressivement rencontrer notre manière de vivre.
Lorsque nous nous levons du coussin, nous retrouvons les autres.
Le travail.
La famille.
Les responsabilités.
Les imprévus.
Les joies.
Les conflits.
C’est là que la pratique continue.
Puis-je écouter quelqu’un sans préparer immédiatement ma réponse ?
Puis-je reconnaître ma colère avant de lui donner automatiquement la parole ?
Puis-je marcher quelques mètres sans être déjà mentalement arrivé à destination ?
Puis-je accomplir une tâche ordinaire sans considérer chaque instant comme un simple obstacle vers le suivant ?
Le coussin et la vie quotidienne ne sont donc pas deux mondes séparés.
Zazen nous apprend à nous asseoir pleinement. La vie nous apprend à nous lever et à continuer la pratique.
Une Voie incarnée
Le zen engage ainsi le corps autant que l’esprit.
Nous ne méditons pas seulement avec nos idées.
Nous nous asseyons avec un corps.
Nous respirons.
Nous marchons.
Nous mangeons.
Nous travaillons.
Nous rencontrons d’autres êtres humains.
La pratique prend forme dans ces gestes très concrets.
C’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles le zen peut sembler à la fois si simple et si profond :
il nous ramène constamment à cette vie-ci, dans ce corps-ci, à cet instant-ci.
Une tradition, plusieurs expressions
Lorsque nous parlons du « zen », nous pourrions facilement imaginer une tradition parfaitement uniforme.
La réalité est beaucoup plus riche.
Au fil des siècles, la pratique s’est transmise dans différentes cultures et a donné naissance à plusieurs écoles, lignées et manières de mettre l’accent sur certains aspects du Dharma.
Avant d’être appelé Zen au Japon, il fut notamment Chan en Chine.
Il s’est également transmis en Corée, où l’on parle notamment de Seon, et au Vietnam, où l’on rencontre le terme Thiền.
Ces traditions appartiennent à une même grande famille historique, mais elles ne sont pas simplement identiques sous des noms différents.
Chacune possède son histoire, ses maîtres, ses formes et ses sensibilités.
Rinzai et Sōtō
Au Japon, deux grandes écoles ont particulièrement marqué l’histoire du zen : Rinzai et Sōtō.
Toutes deux placent zazen au cœur de la pratique et appartiennent pleinement à la tradition bouddhiste zen.
Mais elles ont développé au fil de leur histoire des accents parfois différents.
La tradition Rinzai est notamment connue pour la place importante accordée au travail avec les kōans dans plusieurs de ses lignées : ces rencontres, paroles ou questions issues de la tradition zen peuvent devenir des instruments de pratique permettant de mettre à l’épreuve notre manière habituelle de penser et de percevoir.
La tradition Sōtō, particulièrement associée à l’enseignement de Dōgen au Japon, met notamment l’accent sur shikantaza, souvent traduit par « simplement s’asseoir ».
Ces quelques distinctions ne doivent toutefois pas devenir des caricatures.
Rinzai ne se résume pas aux kōans.
Sōtō ne se résume pas à shikantaza.
Et les pratiques réelles peuvent varier selon les lignées, les maîtres, les temples et les communautés.
Différentes expressions, une même Voie bouddhiste
Reconnaître cette diversité peut nous apprendre quelque chose d’important.
Une tradition peut posséder plusieurs expressions sans que toutes ses différences disparaissent.
Il n’est pas nécessaire de prétendre que toutes les écoles enseignent exactement la même chose.
Mais il n’est pas davantage nécessaire de les opposer constamment.
Nous pouvons apprendre à reconnaître leurs particularités, à respecter leurs lignées et à recevoir ce qu’elles ont transmis.
Au Seizan Dōjō, notre pratique se nourrit notamment de plusieurs expressions du zen, particulièrement Rinzai et Sōtō, sans chercher à effacer ce qui les distingue.
Il ne s’agit pas de mélanger indistinctement toutes les traditions.
Il s’agit plutôt de les approcher avec respect, discernement et fidélité au cœur du Dharma, tout en laissant notre propre pratique s’enraciner et mûrir.
Une montagne, plusieurs sentiers
Imaginez une montagne.
Plusieurs sentiers peuvent conduire vers ses hauteurs.
Ils ne passent pas nécessairement par les mêmes endroits.
Certains sont abrupts.
D’autres progressent lentement à travers la forêt.
Chacun possède ses difficultés et son paysage.
Reconnaître plusieurs sentiers ne signifie pas prétendre qu’ils sont tous identiques.
Cela signifie simplement comprendre que la diversité des chemins n’empêche pas une profonde parenté dans la recherche.
Dans le zen, cette diversité nous invite donc moins à demander :
« Quelle école est la meilleure ? »
qu’à nous demander :
« Quelle pratique suis-je réellement prêt à approfondir, avec constance, respect et sincérité ? »
Car finalement, quelle que soit la porte par laquelle nous entrons…
il faudra marcher.
En quelques mots
Le zen est une tradition du bouddhisme Mahāyāna qui accorde une place centrale à la pratique méditative, à l’expérience directe et à l’incarnation du Dharma dans la vie quotidienne.
Le mot japonais Zen vient du chinois Chan, lui-même lié au sanskrit dhyāna, la méditation.
Mais le zen ne signifie pas simplement être calme.
Il ne consiste pas à supprimer nos pensées.
Il ne rejette pas l’étude.
Et il ne nous demande pas de nous retirer de la vie.
Il nous invite plutôt à regarder directement notre expérience et à être pleinement présents à la vie que nous sommes en train de vivre.
S’asseoir.
Respirer.
Marcher.
Écouter.
Travailler.
Prendre soin.
Et lorsque nous découvrons que notre esprit est parti ailleurs…
revenir.
Encore et encore.
À contempler
Nous passons une grande partie de notre existence à préparer ce qui viendra ensuite.
Pendant que nous mangeons, nous pensons à ce que nous ferons après.
Pendant que quelqu’un nous parle, nous préparons parfois notre réponse.
Pendant que nous marchons, notre esprit est déjà arrivé à destination.
Alors posons-nous simplement cette question :
Combien de moments de ma vie suis-je réellement en train de vivre pendant qu’ils se produisent ?
Il n’est pas nécessaire de se juger.
Notre esprit voyage.
C’est ce qu’il fait.
La pratique commence lorsque nous nous en apercevons.
Et que nous revenons.
À expérimenter
Choisissez aujourd’hui une activité extrêmement ordinaire.
Boire une tasse de thé ou de café.
Prendre une douche.
Marcher jusqu’à votre voiture.
Faire la vaisselle.
Arroser une plante.
Pendant quelques minutes, essayez simplement de faire ce que vous êtes en train de faire.
Si vous marchez, marchez.
Sentez le contact des pieds avec le sol.
Si vous buvez, goûtez réellement.
Si vous écoutez quelqu’un, essayez simplement d’écouter.
Votre esprit partira probablement ailleurs.
Lorsque vous le remarquez, nul besoin de vous reprocher quoi que ce soit.
Revenez.
Ici.
Puis recommencez.
Voilà déjà une petite porte vers la pratique.
Le zen dans l’ordinaire
Nous imaginons parfois qu’une voie spirituelle devrait nous conduire vers quelque chose d’extraordinaire.
Le zen nous ramène souvent dans la direction opposée.
Cette respiration.
Cette personne devant nous.
Ce repas.
Cet arbre.
Ce pas.
Cet instant.
L’ordinaire n’est peut-être pas ce qui reste lorsque rien d’important ne se passe.
C’est l’endroit même où notre vie se déroule.
Et si nous traversons constamment l’instant présent pour atteindre le suivant, nous risquons de passer une grande partie de notre existence à attendre notre propre vie.
Le zen nous invite à revenir.
Non pas ailleurs.
Ici.
Pour poursuivre le chemin
Nous savons maintenant un peu mieux ce que signifie le mot zen.
Mais une question demeure :
Comment pratique-t-on concrètement ?
Dans notre prochain enseignement, nous entrerons dans l’une des pratiques centrales de cette tradition :
Zazen — la méditation assise
Nous découvrirons la posture, la respiration, le regard, les pensées et différentes manières d’aborder l’assise.
Et surtout, nous répondrons à une question que beaucoup de personnes se posent lorsqu’elles commencent :
« Qu’est-ce que je suis censé faire lorsque je m’assois ? »
Comme toujours, nous avancerons simplement :
Comprendre. Contempler. Expérimenter.
Chaque pas, un retour à l’essentiel.


