Du zafu à l’école
Dans quelques jours, je retournerai à l’école.
Après les semaines d’été, le rythme plus lent, les lectures, le silence du dojo, la pratique du bonsaï et du shodō, et les longues périodes où j’ai pu consacrer davantage de temps à ma pratique, je retrouverai les corridors, les cloches, les conversations, les réunions, les imprévus… et surtout les élèves.
Chaque rentrée possède pour moi quelque chose de particulier. Même après toutes ces années d’enseignement, il y a toujours ce mélange d’enthousiasme, d’interrogations et d’un peu d’appréhension.
Et à l’approche de cette nouvelle rentrée, une question qui m’accompagne depuis longtemps refait doucement surface :
Que devient ma pratique lorsque je quitte le zafu ?
Il serait facile de croire que le zen appartient au dojo.
Je m’assois.
Je respire.
Je fais silence.
Puis je me relève et retourne à la « vraie vie ».
Mais justement…
La vraie pratique commence peut-être lorsque je me relève.
Quitter le zafu sans quitter la pratique
À l’école, je ne pourrai évidemment pas m’asseoir en zazen chaque fois qu’une situation devient difficile.
Mais je peux respirer avant de répondre.
Je peux écouter un élève jusqu’au bout.
Je peux remarquer mon impatience lorsqu’elle apparaît.
Je peux marcher dans un corridor sans être déjà mentalement rendu à la prochaine tâche.
Je peux accepter qu’une journée ne se déroule pas comme prévu.
Je peux essayer de voir la personne derrière le comportement qui me dérange.
Ce sont de petites choses.
Et pourtant, c’est peut-être précisément là que se trouve la pratique.
Le zen ne nous demande pas nécessairement de nous retirer du monde. Il peut nous apprendre à habiter pleinement le monde dans lequel nous sommes déjà.
Une école peut aussi devenir un lieu de pratique
Une classe n’est pas un zendō.
Un corridor rempli d’adolescents n’a rien du silence d’un dojo.
Et une journée d’enseignement peut parfois sembler très loin de la tranquillité d’une méditation matinale !
Mais pourquoi faudrait-il que la Voie ne se trouve que dans le silence ?
Elle peut être dans une explication donnée pour la troisième fois.
Dans l’attention portée à celui qui reste après le cours.
Dans un rire partagé.
Dans une erreur que je reconnais.
Dans une parole que je choisis de ne pas prononcer.
Dans la patience que je croyais avoir perdue et que je retrouve dans une respiration.
Chaque rencontre peut devenir un lieu de pratique.
Du zafu au monde
Cette rentrée me rappelle quelque chose d’essentiel.
Je ne pratique pas le zen pour devenir meilleur à m’asseoir sur un coussin.
Je pratique pour apprendre, peu à peu, à être davantage présent à ma propre vie et à ceux qui la traversent.
Le zafu est important.
Le silence est important.
Le dojo est important.
Mais ils me préparent à me relever.
À ouvrir la porte.
Et à retourner dans le monde.
Dans quelques jours, lorsque j’entrerai de nouveau dans ma classe, je laisserai mon zafu au dojo.
Mais j’aimerais emporter avec moi ce qu’il m’enseigne :
respirer, écouter, accueillir, recommencer.
Et peut-être qu’au fond, c’est cela que signifie pratiquer dans la vie quotidienne :
ne pas chercher à transporter le dojo partout avec soi, mais découvrir que chaque endroit peut devenir un lieu où revenir à l’essentiel.
🪷 Une question pour aujourd’hui
Lorsque vous quittez votre propre espace de calme, qu’est-ce qui vous aide à continuer à pratiquer la présence au milieu de votre quotidien ?

Chaque pas, un retour à l’essentiel.


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